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Faut-il « recourir » à la Syrie ? La passe d’armes entre Alfred Mady et le Dr Samir Geagea – par Ghassan Chiha

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Ancien cadre des Kataëb et des Forces libanaises et longtemps proche du Dr Samir Geagea, l’ingénieur Alfred Mady accuse aujourd’hui le chef du parti des Forces libanaises d’entrouvrir la porte à un retour syrien. La riposte, virulente, a viré à la campagne médiatique – à laquelle il a répondu par un tweet cinglant.

Alfred Mady a longtemps été l’un des plus proches du Dr Samir Geagea. Représentant des Forces libanaises aux États-Unis de 1976 à 1983, où il dirigea leur bureau à Washington et noua des liens étroits avec les cercles officiels américains, membre du bureau politique des Kataëb de 1983 à 1992, puis membre fondateur du comité exécutif du parti des Forces libanaises de 1991 à 1994, il rompt avec Geagea en 1994. Il dirige depuis 2017 l’Académie Bachir Gemayel de l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK) et préside aujourd’hui son propre mouvement, L’Autre Choix. Son parcours l’a placé, de 1983 à 1994, aux côtés de Geagea lui-même – un ancrage qui donne à sa critique une portée particulière : ce n’est pas un adversaire extérieur qui parle, mais un ancien compagnon.

Le contexte : Damas, Washington et le dossier des armes du Hezbollah

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Le président américain Donald Trump a, à plusieurs reprises – notamment en marge du G7 d’Évian en juin 2026 –, suggéré de confier à la Syrie le soin de « s’occuper » du Hezbollah à la place d’Israël, estimant qu’Ahmad el-Chareh (Joulani) y serait « plus précis ». L’émissaire américain Tom Barrack, chargé du dossier libanais, a envoyé des signaux allant dans le même sens.

Damas, de son côté, a systématiquement démenti toute intention d’intervention militaire. Joulani a assuré rechercher « des canaux économiques, non militaires » et ne pas vouloir « rouvrir les plaies du passé ». Lors de sa tournée à Beyrouth le 2 juillet 2026, le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad el-Chaïbani a rencontré la plupart des dirigeants libanais – dont Geagea –, exclu toute rencontre avec le Hezbollah et plaidé pour « une nouvelle page ».

C’est dans ce climat – négociations libano-israéliennes parrainées par Washington, accord-cadre signé en juin, « zones pilotes » au Sud, pression américaine constante pour désarmer le Hezbollah – que le Dr Samir Geagea a évoqué, sur MTV, l’idée que la Syrie pourrait aider le Liban à se défaire de l’influence iranienne. Une phrase qui, dans la bouche d’un homme dont le parti commémore chaque année la résistance à l’armée syrienne, ne pouvait passer inaperçue.

L’objection de Mady : la logique du « recours »

Dans un entretien télévisé, Alfred Mady rappelle que les militants du parti des Forces libanaises célébraient, ces jours-là même, la mémoire de la « guerre des 100 jours » de 1978 et de la libération d’Achrafieh assiégée par les Syriens. Comment, dès lors, entendre un dirigeant de ce même parti appeler Damas à « venir » aider le Liban ? « Nous nous sommes débarrassés d’eux ici, pour que tu réclames à nouveau que le Syrien entre ? », résume-t-il, indigné.

Mady reproche surtout à Geagea ce qu’il perçoit comme une contradiction. Après avoir, selon lui, publiquement évoqué un recours à la Syrie, le chef du parti aurait ensuite déclaré au quotidien saoudien Okaz n’avoir « décelé aucune intention chez aucun responsable libanais » de solliciter l’aide de Damas – ajoutant n’avoir entendu personne, hormis Donald Trump, réclamer une entrée syrienne au Liban. Pour Mady, ce revirement relève du « déni » : « Un responsable libanais a demandé : Samir Geagea. » Et de marteler sa règle personnelle : reconnaître une erreur ou un lapsus est légitime, mais vivre dans le démenti ne l’est pas.

Interrogé sur le fond, Mady se garde toutefois de prêter à Geagea des intentions certaines : il dit ne juger que sur pièces, sur la déclaration et sur son « correctif ».

De la critique à la campagne – et la riposte

La réplique ne s’est pas fait attendre. Une campagne, sur les plateaux comme sur les réseaux sociaux, a accusé Mady de « haine politique » à l’égard de Geagea et exigé des excuses. C’est à cette offensive qu’il a répondu par un long texte publié sur X, largement partagé dans les milieux chrétiens.

Le vétéran y relève d’abord une ironie : ses détracteurs n’auraient même pas diffusé la vidéo dans laquelle il critiquait Geagea, lui préférant un autre extrait – aveu involontaire, à ses yeux, que sa position était fondée. Surtout, il refuse le procès en propos « sortis de leur contexte » : son objection, insiste-t-il, repose sur un enchaînement de positions dont il tire une déduction politique.

Le raisonnement est le suivant. Geagea affirme que la Syrie peut aider à écarter l’influence iranienne ; or, argumente Mady, la relation entre Damas et Téhéran est rompue, et la Syrie ne dispose plus du levier nécessaire pour jouer ce rôle. Geagea soutient par ailleurs, de longue date, que l’État libanais serait capable de trancher la question du Hezbollah s’il le voulait. Dès lors, interroge Mady : si Damas n’a de prise ni sur l’Iran ni sur le processus diplomatique en cours, et si l’État peut agir seul, que reste-t-il à la Syrie pour « aider », sinon une intervention militaire aux côtés de l’armée libanaise – c’est-à-dire le retour automatique de ses soldats sur le sol libanais ? Cette conclusion, écrit-il, est « une déduction politique légitime, nullement une trahison ni une diffamation ».

Le contre-réquisitoire

Mady ne s’en tient pas à la défense. Il retourne l’accusation contre les « Gardiens » du parti, qu’il décrit comme incapables de questionner leur chef et traitant chaque revirement comme « une révélation divine ». Il déroule alors une longue liste de griefs, à commencer par le Hezbollah. Le parti des Forces libanaises a, rappelle-t-il, partagé le pouvoir avec lui au sein des gouvernements et du Parlement pendant deux décennies. Surtout, l’épouse de Geagea, la députée Sethrida Geagea, ainsi que certains élus du parti, ont un temps rangé les morts du Hezbollah parmi les « martyrs de la résistance libanaise » – avant que ce même mouvement ne soit aujourd’hui dépeint comme terroriste et hors-la-loi. Mady interroge ensuite la réconciliation de Maarab (où habite Geagea) avec Michel Aoun et le Courant patriotique libre – avant les brouilles ultérieures avec Gebran Bassil –, l’invocation d’un « État profond » pour justifier l’impuissance des ministres du parti, l’envoi passé d’une délégation à Gaza du temps où le Hamas était érigé en cause, ou encore la rareté du mot « paix » dans la bouche de Geagea à propos d’Israël.

À la demande d’excuses, il oppose sa propre liste. Celui qui devrait s’excuser, écrit-il, est celui qui salue la cause palestinienne devant des mères de martyrs qui n’ont pas encore quitté le deuil ; celui qui envisage « le recours au Syrien au lieu de lui demander simplement de l’aide » ; celui qui détient le pouvoir décisionnel depuis des années sans être parvenu à unir les chrétiens ni à leur proposer une vision stratégique ; celui qui brandit le slogan « il en est capable et il le veut » quand les faits, selon lui, disent l’inverse. Sa conclusion, adressée aux partisans du chef du parti, claque comme un défi : ne me posez pas de questions, « demandez à votre maître Samir quelles sont ses contradictions… et, si vous en avez le courage, demandez-lui à propos d’Alfred ».

Le spectre de 1985

Cette défiance plonge ses racines dans une mémoire plus ancienne, que les critiques de Geagea n’ont jamais soldée. Au printemps 1985, les villages chrétiens de l’Iklim el-Touffah, à l’est de Sidon, tombent sous l’assaut de miliciens de la Jamaa islamiya, de formations nassériennes et d’organisations palestiniennes fidèles à Yasser Arafat ; ceux de l’Iklim el-Kharroub sont emportés par la milice du Parti socialiste progressiste et ses alliés palestiniens, attaquant depuis le Chouf. Six semaines plus tôt, l’intifada du 12 mars 1985 avait fait du Dr Samir Geagea le chef d’état-major des Forces libanaises. Le 24 avril 1985, les combattants des FL se retirent de l’est de Sidon sur ordre de Geagea. Dans le sillage de cette conquête de l’est de Sidon par les organisation palestinienne s’infiltrent des éléments du Hezbollah : pour la première fois, la route du Liban-Sud s’ouvre à la milice chiite, qui allait y bâtir une implantation militaire durable – tournant décisif de son expansion dans le sud du pays. Aux yeux de ces mêmes critiques, cet épisode reste une faute originelle que l’actuel débat sur un éventuel rôle syrien ne fait que raviver.

Melhem Riachi au domicile d’Elie Ferzli en compagnie d’une délégation officielle de la République islamique d’Iran

Antoine Zahra et des dirigeants du Hamas
Pierre Bou Assi
Pierre Bou Assi et Georges Okaiss avec le Hezbollah
Georges Adwane à l’ambassade de la République arabe syrienne de Bachar el-Assad

Antoine Habchi avec le Hezbollah

Pierre Bou Assi
Hassan Nasrallah et Samir Geagea

Sethrida Geagea dit : « Entre nous, les Forces Libanaises, et nos partenaires du Hezbollah, il existe de nombreux points de ressemblance.

Les deux partis sont populaires, au sens large et vaste du terme. Les deux partis sont organisés, ils possèdent des projets politiques clairs et ils luttent avec sérieux pour atteindre leurs objectifs.

Le Secrétaire Général du Hezbollah, Monsieur Hassan Nasrallah, a vu son fils, Hadi, tomber en martyr en affrontant l’ennemi israélien. Malgré tout cela, il continue aux côtés de son public à mener sa lutte, par foi en sa cause.

Et même concernant le sujet du gouvernement actuel, le Hezbollah s’est contenté de presque rien, au nom de sa cause. »

Ibrahim Al-Saker du parti des Forces libanaises : « Si la guerre éclate entre le président Sharaa et le Hezbollah, et que Sharaa entre au Liban, je me tiendrai à ses côtés… et je lui dirai : « La place d’honneur de la maison t’appartient, et le seuil est à nous. » »

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