Le drapeau israélien hissé sur le château de Doubayeh, dans le caza de Bint Jbeil, constitue une nouvelle violation de la souveraineté libanaise et une atteinte assumée à un monument historique du Liban-Sud. L’incursion a été confirmée par l’Agence nationale d’information. Des soldats israéliens ont progressé dans les environs de Chaqra, atteint le secteur du château et de Wadi al-Slouqi, fouillé des maisons puis installé leur drapeau sur la forteresse. Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, a dénoncé un acte « hostile et provocateur ». La municipalité de Chaqra-Doubayeh a également condamné une agression contre un site archéologique qui appartient au patrimoine national. Le geste intervient après des actes similaires sur les châteaux de Chamaa et de Beaufort. Cette répétition donne à l’affaire une dimension qui dépasse la seule provocation visuelle : l’armée israélienne utilise des monuments libanais comme instruments de domination militaire et de communication politique.
Une incursion israélienne au cœur de Doubayeh
Les forces israéliennes ne se sont pas limitées à observer le château depuis une position extérieure. Selon les informations rapportées par l’agence officielle libanaise, elles ont mené une incursion vers Doubayeh, à la périphérie de Chaqra, avant d’atteindre les abords de la forteresse historique et de Wadi al-Slouqi. Des soldats ont aussi fouillé des maisons dans le secteur. Ces éléments replacent le drapeau dans son contexte réel. Il ne s’agit pas d’un emblème aperçu à distance ou d’une image dont l’origine resterait incertaine. Il a été installé à la suite d’une opération terrestre menée sur le territoire libanais. Aucune autorité libanaise n’a autorisé cette entrée. Aucune modification du statut du château n’a été négociée. Israël a donc pénétré dans un bien culturel libanais, l’a occupé au moins temporairement et l’a utilisé pour afficher sa présence militaire.
Le château de Doubayeh, aussi appelé château de Chaqra ou Dubieh dans les documents internationaux, occupe un couloir du Jabal Amel. Cette position explique son intérêt pour une armée qui cherche à surveiller les routes, les vallées et les localités environnantes. Elle ne transforme cependant pas le monument en objectif librement utilisable. Les moyens modernes de renseignement, les drones et les équipements de surveillance dont dispose Israël rendent encore moins défendable l’idée qu’un château ancien devait être marqué par un drapeau pour répondre à une nécessité opérationnelle. L’emblème n’améliore ni la protection des soldats ni l’observation du terrain. Sa fonction est symbolique. Il sert à produire une image de conquête et à présenter une incursion temporaire comme une prise de possession, au mépris de la souveraineté du Liban et de la valeur historique du site.
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Ghassan Salamé dénonce un « acte hostile »
Le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, a replacé l’incident dans une série de provocations israéliennes contre les forteresses du Liban-Sud. Il a déclaré que le drapeau hissé sur Doubayeh, après ceux installés sur Chamaa et Beaufort, constituait un acte hostile et provocateur qui méritait condamnation et rejet. Le ministre a rappelé que les châteaux du Jabal Amel formaient une partie inséparable du Liban et que l’État ne ménagerait aucun effort pour restaurer sa souveraineté sur ces sites et la faire reconnaître. Cette prise de position est importante. Elle refuse de réduire l’affaire à un simple épisode de communication militaire. Elle affirme que l’occupation d’un monument et l’installation du drapeau d’une armée étrangère représentent une atteinte politique, territoriale et culturelle. Le patrimoine devient ici l’un des terrains visibles de la lutte pour la souveraineté.
La municipalité de Chaqra-Doubayeh a, elle aussi, condamné l’acte israélien. Elle l’a décrit comme une agression flagrante contre la souveraineté libanaise et une violation de la protection due à un site archéologique et historique. Les autorités locales ont appelé l’État, le ministère de la Culture et l’Unesco à intervenir. Cette réaction traduit les inquiétudes des habitants, pour qui le château n’est pas un vestige détaché de la vie locale. Il appartient au paysage, à la mémoire des familles et à l’histoire de la région. L’incursion israélienne touche donc directement une communauté déjà exposée aux bombardements, aux déplacements et aux destructions. Elle ajoute à la menace militaire une tentative d’appropriation symbolique. Pour les habitants, voir le drapeau israélien sur cette forteresse signifie que leur patrimoine reste inaccessible et soumis aux décisions d’une armée d’occupation.
Une atteinte confirmée, pas une simple inquiétude
L’absence d’une expertise technique ne doit pas conduire à présenter l’incident au conditionnel. Le drapeau a été hissé et l’incursion a été confirmée. La question encore ouverte concerne l’étendue des dommages matériels. Les services libanais n’ont pas encore pu inspecter librement les murs, les voûtes, les sols ou les abords. Ils ne savent pas si les soldats ont déplacé des pierres, installé des équipements, créé des points d’ancrage ou modifié les accès. Cette incertitude doit renforcer la demande d’inspection, et non affaiblir la condamnation. L’atteinte à la souveraineté et l’utilisation du monument comme support militaire sont déjà établies. Une force étrangère n’a pas besoin de détruire un mur pour porter atteinte à un bien culturel. L’occupation, la privation d’accès et la transformation d’un château en trophée de guerre constituent en elles-mêmes des actes graves.
Une inspection devra établir si les déplacements militaires ont aggravé des fissures, fragilisé les maçonneries ou endommagé les abords archéologiques. Les forteresses anciennes supportent mal les vibrations, la circulation d’engins, les installations métalliques et les mouvements répétés sur des structures fragiles. Les dégâts peuvent rester discrets. Une pierre déplacée, une ouverture agrandie ou une fissure élargie peut compromettre une partie du monument sans provoquer un effondrement immédiat. L’humidité et les variations de température peuvent ensuite accélérer la dégradation. Le Liban doit donc réunir les photographies antérieures, les relevés disponibles et les images satellitaires récentes. Une comparaison permettra de distinguer les dommages anciens des atteintes survenues pendant l’occupation israélienne. Sans cette documentation, Israël conserverait le contrôle du site et du récit sur son état.
Le château de Doubayeh appartient au Liban
L’installation du drapeau israélien n’a aucun effet sur le statut juridique du château. Doubayeh reste un monument libanais, situé sur le territoire libanais et protégé par les textes nationaux relatifs aux antiquités. Le geste ne crée aucun droit territorial. Il montre seulement qu’une armée étrangère possède, à cet instant, la capacité matérielle d’accéder au site et d’y imposer son symbole. Cette distinction est essentielle. Israël peut contrôler temporairement une hauteur, mais il ne peut pas modifier l’identité historique ou l’appartenance nationale du monument. La déclaration de Ghassan Salamé répond précisément à cette mise en scène. En rappelant que les forteresses du Jabal Amel font partie intégrante du Liban, le ministre oppose le droit et l’histoire à l’image de domination produite par l’armée israélienne.
Doubayeh appartient à un ensemble de cinq châteaux du Jabal Amel proposés par le Liban pour une reconnaissance par l’Unesco : Beaufort, Tebnine, Deir Kifa, Chamaa et Doubayeh. Ces forteresses témoignent de plusieurs siècles d’histoire du Levant. Elles portent les traces de pouvoirs successifs, de transformations architecturales et de conflits régionaux. Leur valeur ne repose pas seulement sur les murs conservés. Elle inclut leur implantation, leur relation avec les villages, les anciens chemins, les terres agricoles et le paysage. Une occupation militaire peut donc porter atteinte à l’ensemble du site, même lorsque la structure principale reste debout. Les patrouilles, les fouilles, l’ouverture de voies ou l’installation d’équipements peuvent modifier les abords et détruire des éléments qui n’ont pas encore été étudiés par les archéologues.
Après Chamaa, le même geste à Doubayeh
Le ministre de la Culture a explicitement relié Doubayeh au château de Chamaa. Ce rapprochement est essentiel pour comprendre la politique israélienne à l’égard des forteresses du Sud. Chamaa a déjà subi des dommages pendant les opérations militaires. L’Unesco a confirmé des atteintes à la citadelle et exprimé son inquiétude face à la dégradation du site. Le drapeau israélien installé sur ce château a ensuite ajouté une provocation politique aux dommages matériels. Avec Doubayeh, le même scénario se répète : une force militaire entre dans un monument libanais, l’intègre à son dispositif et utilise sa visibilité pour afficher sa domination. La répétition affaiblit l’argument d’incidents individuels ou de gestes isolés commis par quelques soldats. Trois châteaux ont désormais été associés à la même pratique.
Cette succession suggère que les forteresses historiques sont choisies pour leur valeur symbolique autant que pour leur emplacement. Elles dominent les paysages, sont visibles de loin et occupent une place importante dans la mémoire du Liban-Sud. Un drapeau hissé sur une position militaire ordinaire n’aurait pas la même portée. Sur un château, il produit une image immédiatement reconnaissable et peut être utilisé dans la communication israélienne comme signe de conquête. L’armée transforme ainsi le patrimoine de la population occupée en décor de sa propre propagande. Cette méthode ne peut pas être justifiée par la présence supposée de combattants ou d’infrastructures dans la région. Même lorsqu’un objectif militaire existe, la mise en scène d’un monument comme trophée répond à un choix politique, non à une nécessité de sécurité.
Beaufort, le précédent le plus préoccupant
La prise de Beaufort, ou Qalaa al-Chaqif, constitue le précédent le plus inquiétant. Le 31 mai 2026, les forces israéliennes ont pris le contrôle de la forteresse et hissé le drapeau israélien ainsi que celui de la brigade Golani. Cette occupation a ravivé le souvenir de la présence israélienne sur le site entre 1982 et 2000. Beaufort représente, pour de nombreux Libanais, un symbole des années d’occupation et du retrait israélien du Sud. L’armée israélienne a choisi d’exploiter cette mémoire. Les images de soldats avançant dans la forteresse ont été diffusées comme la preuve d’un succès militaire, alors même que plusieurs spécialistes ont souligné que la valeur stratégique moderne du château restait limitée face aux moyens actuels de surveillance et de frappe.
L’affaire ne s’est pas arrêtée au drapeau. Israël a ensuite affirmé avoir découvert un réseau souterrain attribué au Hezbollah dans la crête de Beaufort. Ses forces ont présenté ces galeries comme des espaces de commandement, de stockage et de soutien militaire. Des médias israéliens ont évoqué la préparation d’un dynamitage. Le ministère libanais de la Culture a contesté l’existence de tunnels directement sous les structures historiques, tandis qu’aucune équipe indépendante n’a pu vérifier leur emplacement. Israël contrôle les galeries, les informations et l’accès au secteur. Cette situation lui permet de définir seul la menace et de choisir seul la méthode de destruction. Elle prive le Liban de toute possibilité immédiate d’évaluer les risques pour un monument qui lui appartient.
Le risque de dynamitage à Beaufort demeure
Un dynamitage dans la crête de Beaufort pourrait provoquer des conséquences irréversibles. La puissance des vibrations dépend de la quantité d’explosifs, de leur profondeur, de leur répartition et de la nature de la roche. Une explosion peut provoquer des fractures, des affaissements ou un tassement du terrain. Les murs anciens, les voûtes et les fondations peuvent subir des déplacements minimes mais durables. Les dégâts ne sont pas toujours visibles au moment de l’opération. Une fissure interne peut laisser pénétrer l’eau, puis s’élargir progressivement. Une structure déjà fragilisée par les conflits de 1982, l’occupation israélienne, le retrait de 2000 et les guerres suivantes pourrait perdre une partie de sa stabilité. Sans capteurs, sans relevé initial et sans expertise indépendante, les conséquences resteront difficiles à mesurer et à attribuer.
Israël n’a pas démontré publiquement qu’un dynamitage général constituait la seule solution pour neutraliser les tunnels. Des galeries contrôlées peuvent être vidées, fermées, comblées ou traitées par sections. Certaines portions peuvent être neutralisées avec des charges limitées, tandis que les secteurs proches des fondations peuvent faire l’objet de méthodes moins destructrices. Une cartographie tridimensionnelle devrait précéder toute décision. L’armée israélienne n’a pas publié une telle étude ni permis aux spécialistes libanais ou internationaux de vérifier ses conclusions. Les inquiétudes autour de Beaufort restent donc entières. Elles expliquent pourquoi l’occupation de Doubayeh suscite une réaction immédiate : à Beaufort, le drapeau n’a pas été un geste sans lendemain. Il a précédé l’annonce d’opérations susceptibles d’affecter durablement le monument et la montagne qui le porte.
Doubayeh ne doit pas connaître le même scénario
Aucune information ne permet actuellement d’affirmer qu’Israël prépare un dynamitage au château de Doubayeh. Il serait donc incorrect de présenter une telle opération comme annoncée ou imminente. Le précédent de Beaufort impose néanmoins une surveillance étroite. Les autorités libanaises doivent demander si les soldats ont inspecté des cavités, fouillé les structures, installé des moyens de communication ou recherché des infrastructures militaires. Elles doivent aussi exiger qu’aucune charge explosive ne soit placée dans le monument ou dans ses abords sans une expertise internationale. L’expérience récente montre que les révélations israéliennes sur les tunnels peuvent intervenir après plusieurs jours ou semaines de contrôle militaire. Attendre une annonce officielle avant de réclamer l’accès au site ferait perdre un temps précieux.
La priorité consiste donc à empêcher l’opacité qui caractérise Beaufort de se reproduire à Doubayeh. Israël ne doit pas pouvoir occuper le château, contrôler les informations puis annoncer seul l’état du monument. Une mission de la Direction générale des antiquités, accompagnée de spécialistes indépendants, doit être autorisée à entrer dès que possible. Elle devra vérifier les murs, les sols, les ouvertures, les sous-sols et les abords. Elle devra aussi relever les traces de circulation et déterminer si les fouilles signalées ont touché des zones archéologiques. La protection du château ne peut pas dépendre des seules déclarations de l’armée qui l’a occupé. Une évaluation crédible exige un accès libanais et, si nécessaire, une présence de l’Unesco ou d’organismes spécialisés dans le patrimoine en période de conflit.
Une série d’atteintes au patrimoine depuis 2023
Doubayeh s’ajoute à une longue série d’atteintes au patrimoine libanais depuis octobre 2023. Des frappes israéliennes ont touché le vieux souk de Nabatiyeh et détruit des bâtiments associés à l’histoire commerciale de la ville. Des villages anciens du Liban-Sud ont subi des destructions massives, avec la disparition de maisons en pierre, de lieux de culte, de cimetières et de quartiers traditionnels. Le village de Mhaibib a été largement détruit lors d’explosions menées par l’armée israélienne, avec des conséquences sur son tissu historique et sur un sanctuaire lié à la mémoire locale. À Tyr, les bombardements ont atteint des quartiers proches des zones archéologiques. À Baalbeck, les frappes menées dans l’environnement du site antique ont suscité des craintes liées aux vibrations et aux dommages sur le tissu historique environnant.
L’Unesco a placé 34 biens culturels libanais sous protection renforcée provisoire en novembre 2024. Cette liste comprend notamment Doubayeh, Beaufort et Chamaa. Le statut international n’a pourtant pas empêché les opérations israéliennes, les dommages ni l’occupation des sites. Il offre un cadre juridique et diplomatique, mais il ne remplace pas une protection matérielle. Les forces présentes restent tenues de respecter les monuments et d’éviter leur usage militaire. La multiplication des atteintes montre que les appels généraux à la prudence ne suffisent plus. Le Liban doit constituer des dossiers précis pour chaque site, avec des images, des relevés, des témoignages et une chronologie. Cette documentation pourra servir aux demandes de réparation et aux enquêtes sur les violations du droit applicable aux biens culturels.
Une stratégie israélienne d’effacement dénoncée au Liban
Ghassan Salamé a déjà accusé Israël d’endommager de manière étendue le patrimoine du Liban-Sud. Les destructions concernent, selon les autorités libanaises, les monuments majeurs mais aussi les villages, les marchés, les lieux religieux et les paysages culturels. Le ministre estime que ces atteintes menacent l’identité historique des régions touchées. Le drapeau sur Doubayeh renforce cette accusation, car il ne résulte pas d’un impact indirect ou d’une erreur de ciblage. Il a été installé volontairement. Les soldats ont choisi un monument libanais et l’ont marqué avec l’emblème de leur État. Cette action ne détruit pas nécessairement des pierres, mais elle cherche à modifier l’image et la signification du lieu. Elle transforme un élément de la mémoire libanaise en symbole temporaire de la puissance israélienne.
La dimension intentionnelle distingue cet acte de certains dommages collatéraux invoqués pendant les bombardements. Aucun argument de précision militaire ne peut expliquer la nécessité de hisser le drapeau. Il s’agit d’une décision consciente, destinée à être vue et photographiée. La réaction libanaise doit donc rester ferme. Israël peut affirmer viser le Hezbollah ou sécuriser une hauteur, mais ces objectifs ne justifient pas la transformation d’un monument en trophée. Le respect du patrimoine impose aussi le respect de son identité et de son appartenance. En utilisant Doubayeh, Chamaa et Beaufort de la même manière, l’armée israélienne envoie un message qui dépasse les opérations locales. Elle affirme sa capacité à entrer dans le Jabal Amel et à placer ses symboles sur les repères les plus visibles de cette région.
Le droit international impose des obligations à Israël
La Convention de La Haye de 1954 protège les biens culturels en période de conflit armé. Elle demande aux parties d’éviter leur destruction et leur utilisation à des fins qui augmentent les risques. Le deuxième protocole renforce ces obligations. Une armée qui contrôle un monument ne doit pas seulement s’abstenir de le bombarder. Elle doit aussi prévenir le pillage, limiter les dégradations, protéger les structures et permettre les mesures de conservation nécessaires. À Doubayeh, Israël doit donc répondre de l’état du site pendant toute la durée de sa présence. Il doit préciser les opérations menées, retirer ses symboles et faciliter une inspection. Le caractère libanais du monument ne disparaît pas parce que les soldats israéliens contrôlent momentanément ses accès.
La nécessité militaire ne peut pas être invoquée sans limites. Elle doit être impérative, précise et proportionnée. Le drapeau ne répond à aucune de ces conditions. Il ne constitue pas un moyen de neutraliser une menace et ne protège pas les populations. Il sert à afficher une domination. L’occupation du château peut aussi accroître le risque qu’il soit impliqué dans de nouvelles opérations. Si Israël y installe des équipements ou l’utilise comme poste, le monument peut devenir un élément actif du dispositif militaire. Cette transformation est précisément ce que les règles de protection cherchent à empêcher. Les autorités libanaises doivent donc demander non seulement le retrait du drapeau, mais la fin de tout usage opérationnel du site et la remise du château aux institutions compétentes.
Une condamnation qui doit produire des actes
La réaction du ministre et de la municipalité constitue une première étape. Elle doit maintenant être traduite en démarches précises. Le ministère de la Culture peut transmettre un dossier urgent à l’Unesco, demander une mission et solliciter l’inscription de l’incident dans les rapports internationaux sur les dommages au patrimoine libanais. Le gouvernement doit aussi intégrer Doubayeh, Chamaa et Beaufort aux négociations sur le retrait israélien. Ces forteresses ne peuvent pas rester en dehors des dispositifs discutés pour le Liban-Sud. Leur restitution doit être considérée comme une composante de la souveraineté, au même titre que le retour de l’armée dans les villages et la réouverture des routes. Laisser les châteaux sous contrôle israélien prolongerait la capacité de surveillance de l’occupation et maintiendrait des symboles de domination au-dessus des populations.
Le Liban doit également centraliser les informations. La Direction générale des antiquités peut réunir les plans, les photographies et les archives de Doubayeh. Les municipalités peuvent recueillir les témoignages sur l’incursion et les fouilles. Des partenaires internationaux peuvent fournir des images satellitaires. Ce travail doit commencer avant l’accès physique au site afin d’éviter la disparition de preuves. Une fois l’entrée autorisée, les experts devront publier un rapport indépendant et détaillé. L’objectif ne sera pas seulement de constater des dommages, mais de définir les mesures urgentes de consolidation. Le même dispositif devrait s’appliquer à Beaufort, où le risque de dynamitage demeure, et à Chamaa, où des dégâts ont déjà été confirmés. Une réponse coordonnée permettrait de traiter les trois châteaux comme les éléments d’une même crise patrimoniale et territoriale.
L’accès au château devient l’urgence immédiate
Plusieurs questions restent sans réponse. Les forces israéliennes occupent-elles toujours le château de Doubayeh ? Le drapeau est-il encore installé ? Les soldats ont-ils placé des caméras, des antennes ou d’autres équipements ? Les maisons fouillées ont-elles subi des dommages ? Des objets ou des éléments architecturaux ont-ils été déplacés ? Aucune déclaration israélienne détaillée n’a été publiée sur ces points. Cette absence de transparence renforce la nécessité d’une mission. Le fait confirmé ne peut plus être contesté : les soldats ont atteint le château et y ont hissé leur drapeau. Le bilan matériel, lui, reste à établir. Il dépendra de la possibilité accordée aux autorités libanaises de reprendre le site et de l’inspecter.
La prochaine étape ne doit donc pas être une nouvelle déclaration générale. Elle doit porter sur le retrait des soldats, l’enlèvement du drapeau et l’entrée d’une équipe de la Direction générale des antiquités. Une présence internationale pourrait garantir l’accès et la conservation des preuves. Le cas de Beaufort montre ce qui se produit lorsque l’armée israélienne conserve seule le contrôle d’un monument : les informations sur les tunnels, les explosifs et les risques restent unilatérales. Doubayeh ne doit pas connaître la même opacité. Le château appartient au Liban, et son état doit être évalué par les institutions libanaises. Le prochain développement attendu concerne désormais la réponse de l’Unesco, la restitution du site et le premier constat officiel des activités menées par les forces israéliennes dans l’enceinte historique.



